Ils animent les eaux des îles de leurs reflets et de leurs couleurs. Elément clef du patrimoine naturel marin, ils représentent aussi une richesse économique très convoitée. Les plongeurs viennent en masse les admirer. Les pêcheurs professionnels ou de loisir les capturent pour le délice de nos papilles. Mais ces prélèvements, qui ne sont pas encore quantifiés, ont sans doute un impact fort sur certaines espèces et à certains endroits, modifiant profondément les écosystèmes. C’est pourquoi il est important de mieux connaitre les populations de poissons de Porquerolles si l’on souhaite préserver le milieu marin. Cela peut permettre de déceler des évolutions par espèces et par site et de tirer des enseignements sur le mode de gestion du milieu marin. 6 sites ont été délimités le long de la côte sud pour y réaliser un suivi. Trois de ces sites bénéficient de mesures de protection plus ou moins fortes (interdictions ou limitations de la pêche, plongée, mouillage…) établies dans le cadre de Natura 2000, les 3 autres sont des sites « témoin » sur lesquels seule la règlementation nationale s’applique. Dans le cas d’espèces rares et bien cantonnées comme le Mérou brun, il est possible d’effectuer de véritables estimations d’effectifs par des comptages. C’est ce que fait le Groupe d’Etude des Mérous (GEM) depuis des années notamment à Port-Cros. En revanche, comment compter des poissons qui se déplacent le long de la côte en bancs de plusieurs centaines d’individus ou vivent cachés dans l’herbier ? On ne peut qu’obtenir des indicateurs de l’abondance de chaque espèce à travers ce que l’on appelle des échantillonnages visuels. Un échantillonnage consiste en un comptage des poissons de certaines espèces le long d’une ligne imaginaire de 30m de long sur 5m de large (transect) parcourue en plongée scaphandre, en palmant doucement (vitesse de déplacement : 10m par minute). Quinze espèces ont été retenues; elles ont en commun d’être toutes recherchées par la pêche de loisir ou professionnelle. Parmi elles les labres, les serrans, les sars… Nous avons ainsi effectué 30 transects par site (soit 2 plongées par site), dans des milieux variés et des profondeurs comprises entre 8 et 15m. Que ressort-il du premier suivi de mai 2006 ? Que certaines espèces habituellement communes comme le serran écriture, ne le sont pas à Porquerolles, que les densités de poissons sont bien inférieures à celles de zones protégées de longue date, et que les poissons de grande taille au sein d’une même espèce sont très rares. Par exemple à Porquerolles les girelles communes ne dépassent pas 13cm alors qu’elles peuvent facilement atteindre 17cm si elles ne sont pas pêchées avant. C’est en effet l’espèce de loin la plus pêchée par les pêcheurs de loisir ! Quand aux mérous, corbs et autres dentis… ils n’ont été observés qu’exceptionnellement lors des comptages. Ce suivi est très important, car il permettra année après année d’estimer l’efficacité des mesures de protection en comparant, entre les différents sites, les évolutions observées. Affaire à suivre... Marine COLOMBEY, garde-monitrice |