Le 10 septembre dernier, Emmanuel LOPEZ, précédent directeur du Parc, est décédé à l'âge de 61 ans, terrassé par un cancer. Voici l'hommage que lui rend François CARRASSAN, 1er adjoint au Maire et ami fidèle. "Son goût de la vie, même dans les derniers moments de sa fin si cruelle, n’aura jamais été pris en défaut. Son goût de la vie, sa passion d’entreprendre, son désir de mettre la beauté toujours au cœur des actions à venir. Et sa quête éperdue pour donner du sens à notre existence. Directeur du Parc national de Port-Cros de 1994 à 2004, il ne s’y comporta jamais en bureaucrate de l’écologie, et jamais le Parc n’eut une image plus positive ni un plus grand rayonnement; et jamais la véritable richesse qu’il constituait pour Hyères et le Var ne fut mieux perçue. Jamais il ne dissocia protection de la nature et activité humaine, et, tout en renforçant la réglementation, il signa des conventions fécondes avec les acteurs privés ou professionnels du site. Il conçut le principe de la rénovation des forts sur les îles et permit la création, à Porquerolles, du Jardin et de la Maison du Palmier : « quelques améliorations irréversibles », disait-il et dont il était fier. Il compta parmi les amis proches de feu Léopold Ritondale dont il fut un conseiller écouté, comme un fameux soir de l’été 2000, dans le chalet alpin dudit maire, où il le persuada de préempter le hameau et la pinède des Pesquiers en face du site exceptionnel des Salins d’Hyères que le Conservatoire du Littoral venait d’acquérir. Avec un air d’éternel jeune homme mais un ferme caractère, il fut un négociateur habile et visionnaire. Son expérience se forgea en Corse où il fut, de1976 à 1993, le premier délégué régional du Conservatoire du Littoral qui venait d’être créé. En Corse où sa culture méditerranéenne et son humanité furent toujours en phase avec un territoire sur-déterminé affectivement et symboliquement. Il y existe, notait-il, une perception de l’espace collectif naturel plus grande qu’ailleurs et, ainsi, fut assez vite partagée l’idée que la première richesse de la Corse réside dans son patrimoine naturel. Sa politique d’acquisitions fut un modèle du genre pour soustraire définitivement le littoral à la spéculation et il la mena sans opposition ni des élus ni des nationalistes. Le journal Le Monde titra : « Le petit miracle politique d’Emmanuel Lopez ». Après Port-Cros, juste retour aux sources et bel accomplissement, il fut donc nommé en 2004 Directeur national du Conservatoire du Littoral. Il va y porter le projet du « Tiers Sauvage » : la préservation à l’horizon 2050 du tiers du littoral français. Avec l’objectif de changer le regard sur un littoral trop longtemps considéré comme la fin de la terre quand il est le commencement de la mer : passer ainsi d’une vision continentale à une vision maritime de ce bien commun tant convoité. Relier terre et mer, et ainsi, faire du Conservatoire du Littoral « un médiateur patrimonial de l’espace naturel, sur terre comme en mer. » Il nous aura appris à conjuguer nature et culture, à voir et à ressentir l’espace. A mesurer que l’espace n’est pas une marchandise, tout au long de son parcours devant une nature ré-inventée, un paysage restauré, des rives sauvegardées. Autant de signes en rupture avec la médiocrité qui banalise le monde et qu’il n’a cessé de combattre. Et ainsi, sur les sites du Conservatoire, reste visible son parti pris esthétique fait de simplicité et d’élégance, en harmonie avec l’esprit des lieux, comme pour inviter à une vie meilleure. Ces derniers temps, il employait souvent une expression où il laissait entendre tout un idéal : « le grand large ». Le grand large, comme pour redire cette aspiration à l’infini qui était au principe de sa vie". François CARRASSAN Vice-Président du Parc national de Port-Cros |